Claude Goutin, l'homme du mouvement
Publié le 21 Mars 2007
Claude Goutin fait partie du paysage dans le secteur du jardin botanique de Montigny-lès-Metz qu'il traverse quatre fois par jour pour se rendre à son atelier. Ce jardin botanique qui l'inspire dans ses dessins, l'homme croquant au passage dans sa tête puis sur papier la solitude des vieux sur les bancs publics, les générations qui se côtoient sans se mélanger, les êtres qui se croisent mais ne se voient pas, happés dans une conversation téléphonique plus ou moins lointaine, dans une société qui est devenue une société de non communication.
Si j'ai choisi de vous parler de Claude Goutin, avec la complicité de Jean-Louis Baudoux, c'est parce qu'une très belle exposition dévoile une partie de son oeuvre jusqu'au 27 mai dans le cadre intimiste du château de Courcelles à Montigny-lès-Metz. L'occasion de découvrir plus d'une centaine de sculptures et de dessins de ce merveilleux artiste qui a été Premier Grand Prix de Rome en 1956. Il a d'ailleurs passé plus de trois ans à la Villa Médicis.
Le visiteur est accueilli dans la cage d'escalier par une sculpture de Perséphone, symbole du Printemps, symbole aussi de cette inspiration que lui procure la mythologie. La terre cuite est la matière première de prédilection de cet artiste, un peu comme un hommage aux ouvrières qui travaillaient jadis les tuiles, les moulant sur leurs cuisses. Certaines de ces tuiles redeviennent d'ailleurs les jambes d'une femme, ni tout à fait la même, ni toute à fait une autre, toujours en mouvement. D'autres vivront éternellement sous la forme d'un ventre, d'un torse, d'un bras, selon l'inspiration de cet artiste exceptionnel ...
Dans cette exposition qui traverse les quatre saisons se côtoient lumière et ombre, jeunesse et vieillesse, les symboles du temps qui s'écoule ... Les premiers dessins, avec la couleur brique de la sanguine évoquent la chaleur de l'été. Suivent des dessins en noir et blanc, l'automne, la pluie, le vent, extraits de ses carnets de dessin. Et toujours ces corps en mouvement, que l'on s'attend à voir sortir de la page. "J'aime entrer dans la feuille de papier et y créer mon espace", avoue ce metteur en scène de la matière. "Je ne dessine pas pour faire beau, je dessine pour exprimer quelque chose, pour la narration, pour me raconter quelque chose et le raconter à ceux qui voudront bien d'arrêter pour regarder ces dessins."
Parfois, l'angoisse de l'homme transpire, les traits se font plus noirs. Le fantasme et la sensibilité de l'artiste aussi, notamment dans cette série de dessins sur le procès de Phrymé, dénudée par son avocat face aux juges, sauvée par sa beauté. Volupté et sensualité se retrouvent aussi dans les dessins exposés dans ce qu'il appelle le "cabinet des amours", une petite salle presque cachée, presque secrète, du château.
J'ai été séduite par cette oeuvre très riche, toujours vivante, souvent émouvante, et je sais que je reviendrai à ce rendez-vous que nous offre Claude Goutin. Je vous invite à faire de même, en famille, entre amis, parce qu'elle vaut franchement le détour.
"Dessins au cours des jours, carnets" de Claude Goutin A voir jusqu'au 27 mai 2007, les mercredis, samedis et dimanches après-midi, de 14 H à 18 H. Château de Courcelles, rue de Pont-à-Mousson à Montigny-lès-Metz. Entrée libre.La balade de Jean-Louis Baudoux au travers de l'exposition, guidé par Claude Goutin, est à découvrir le mardi 27 mars de 17 H à 18 H sur radio Jérico. Metz sur 102 FM, et aussi dans l'Est Mosellan sur 101.3, à Sarrebourg sur 91, Dans le Saulnois sur 97.4 et à Thionville sur 103.4, et pour tous les autres, en direct sur le net.